L’exploitation

« AMAP m’a sauver ».

Petite fille, fille de maraîcher, Aurore Sournac avoue que l’aventure de l’entreprise est très difficile. Le combat avec les centrales d’achat et la grande distribution une lutte inégale. Elle a failli quitter le métier. Aujourd’hui, les Amap lui permettent d’entrevoir un avenir différent. Explications.

« L’hiver dernier, nous avons été à deux doigts de jeter l’éponge, de tout laisser tomber. C’était trop dur, trop difficile. Sans salaires depuis dix ans, depuis notre installation ». Ca a bien failli être l’hiver de trop pour les Sournac, Aurore et Philippe. Mais voilà, il y a eu la rencontre avec Gaëlle Bertoneche, la coordinatrice AMAP Gironde et la signature des premiers contrats. En mai 2008, c’est l’AMAP Blanquefort (100 contrats + 40 en liste d’attente). Puis il y a eu, l’AMAP Bruges/Le Bouscat en septembre dernier (67 contrats) et en novembre de la même année, l’AMAP Pompignac (35 paniers). D’autres pourraient suivre comme Macau, par exemple. La petite entreprise va mieux. Elle dégage maintenant l’équivalent d’un salaire (« un SMIC, faut pas rêver! »).

En ce matin de novembre, il pleut des cordes sur Eysines. C’est là, au cœur de la zone maraichère de Bordeaux, chemin de l’Anglais, que se trouve l’exploitation d’Aurore. Une serre d’occasion, achetée à Libourne et remontée sur site; 4700 m² de verre et d’acier. Une rareté, aujourd’hui. Pas de chauffage mais arrosage par aspersion ou goutte à goutte. Un projet; climatiser la serre, en été, par arrosage de la surface vitrée avec de l’eau de pluie de récupération. Outre la serre, les Sournac possèdent 7000 m² de plein champ et louent 4,5ha de terre maraîchère. Deux structures de gestion; la SCEA au nom de Philippe pour la fourniture en gros à la coopérative d’Eysines (la SICA maraîchère bordelaise) et « Le jardin de Quentin » pour la vente aux particuliers de type AMAP ou autres. Aujourd’hui, Aurore travaille 6 jours sur 7 et s’arrête le samedi à midi. Son époux, 7 jours sur 7; il se repose le dimanche après-midi. Evidemment, pas de vacances. L’ambition, à terme, c’est de pouvoir engager un salarié à temps complet. Plus tard, pourquoi pas deux? Bonne nouvelle; au printemps prochain, une partie des emprunts sera remboursée. Pour Aurore, « c’est une nouvelle vie qui commence ».

Retour à l’intérieur de la serre; il continue de pleuvoir. Ici, pas de hors-sol. Une grande partie des légumes est plantée sur paillage plastique; pas de désherbage, moins de maladie. En hiver, l’effet de corps noir réchauffe le végétal. Compost et amendements organiques (aujourd’hui agréés bio) améliorent le sable noir, substrat naturel de la serre. Pas de pesticides. Le choix des variétés permet de sélectionner des légumes naturellement résistants au mildiou et aux diverses maladies. De là à aller jusqu’au bout de la démarche bio? Philippe: « aujourd’hui, les clients de l’Amap ont 7 produits pour 10€; sont-ils prêts à en avoir 3 pour le même prix? » Pour Aurore; « on sent bien, selon les Amap, la demande n’est pas la même. Il faut réfléchir ensemble ».

Aurore et Philippe Sournac ont 35 ans tous les deux; leur fils Quentin, 3 ans. Ils se sont connus sur les bancs du lycée agricole, à Objat, en Corrèze. C’était en 1990. Ils ont une passion commune pour les fleurs. Chaque année, ils produisent des chrysanthèmes. A l’ancienne. En 2008, ils reconnaissent n’avoir pas réussi la fleur des morts. Ils feront mieux, l’an prochain.

Bernard Bonnin

Posté dans , par webmaster le 18 novembre 2008

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